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Café et Littérature

BALZAC, VOLTAIRE, DUMAS ET LES AUTRES…

On boit bien et souvent beaucoup dans les auberges de la littérature. Des vins, des eaux-de-vie, des liqueurs et autres élixirs et décoctions... Bonnes bouteilles et bons livres font cause commune de la cave à la table et les premières ont accompagné l'histoire des vers et de la prose. Le café, noir désir, est de cette aventure.

Parmi les auteurs qui ont approché la magie du café, on trouve quelques grands auteurs, comme en témoigne un livre passionnant, écrit par Anne-Marie Royer-Pantin, «Dégustations fabuleuses, dans la cave des écrivains», paru en 2003 aux éditions de La Table Ronde. On y croise par exemple Charles Monselet, poète gourmand et touche-à-tout du XIXe siècle. Il écrivit de manière charmante sur le café qui, pour lui, donnait bien de l'esprit :

«Dans la tasse de vieux-sèvres Versez la tasse de moka brûlant, Parfum qui ravit les lèvres. Ô café, quand tu m'enfièvres Je vois un monde affolant »

Le poète Théodore de Banville (1823-1891) surenchérissait :

«Ce bon élixir, le café

Met dans nos cœurs sa flamme noire ;

Grâce à lui, fier de sa victoire,

L'esprit subtil a triomphé».

Mais rien de tel que la lecture d'Alexandre Dumas, à qui l'on doit quelques recettes comme l'eau de café, le fromage glacé de café ou les cannellons glacés de café. Dans son «Grand Dictionnaire de cuisine», il donne la recette d'un café frappé, pour l'été : «Vous faites une infusion assez forte de café Moka ou de café Bourbon, vous la mettez dans un bol de porcelaine, vous la sucrez convenablement et vous y ajoutez un tiers de crème onctueuse. Vous entourez ensuite le bol de glace pilée... ».

Le café des géants des Lettres

Mais l'auteur de «Dégustations fabuleuses» fait une place particulière à un inégalable consommateur de café. Balzac, l'auteur de «La Comédie humaine», «romancier prométhéen» et aussi «café-maniaque» que l'étaient Fontenelle et Voltaire, lequel absorbait jusqu'à cinquante tasses de café par jour («tant que je vivrai, je boirai du café» !) «Balzac, c'est comme le café, cela distille un réconfort chaleureux, rend un brin plus intelligent, peut-être le temps d'une illusion ; fouette, aiguillonne et stimule diablement en libérant de certaines pesanteurs ; titille les facultés intellectuelles engourdies et ronronnantes, faisant battre le cœur un peu plus fort, penser un peu plus vite, voir un peu plus loin...». Ce géant et forçat des lettres déconseille le café aux «estomacs de papier mâché» et aux natures faibles». Lui en boit «des torrents». Mais quel café ! «Un café-filtre. Non pas le café des simples mortels... le café de l'hédoniste... le café du gourmand... le trivial café au lait... Non, pas le café-canaille largement baptisé d'eau-de-vie... ni le café turc, cet odorant «cahveh», breuvage des «Mille et une Nuits», siroté mousseux, brûlant, à petites gorgées dans des tasses minuscules appelées «finjâns»...

Le Café de l'Enfer

«Le café de Balzac est plutôt un breuvage sulfureux, un café terrible, paroxystique, volcanique, qui survolte, brûle et consume, qui fait la part du feu ; un café pour accompagner le martyre vécu par et pour l'écriture... un concentré belliqueux... liqueur noire pour multiplier les nuits blanches... Bref, le café de Balzac, c'est l'auxiliaire de l'écrivain dans son combat avec l'Ange, c'est le petit noir cinglant comme un coup de trique et raide comme la justice». Anne-Marie Royer-Pantin évoque le Balzac du «Traité des excitants modernes» et l'alchimie du café balzacien qu'il qualifie de «torréfiant intérieur». Sa «méthode» consiste à préparer le café moulu et non concassé, pour en extraire toute la force. Il utilise une cafetière «à la Du Belloy», apparue au début du XIXe siècle, ancêtre de notre cafetière de grand'mère (le «café à la chaussette») et fait infuser à froid avec très peu d'eau ! Etonnante et infernale recette. Le café de Balzac, «c'est l'Enfer» ! Le génie dévorant et dévoré écrit : «dès lors, tout s'agite : les idées s'ébranlent comme les bataillons de la Grande Armée sur le terrain d'une bataille».   Le  café  fait ainsi partie du mythe balzacien. Mais Balzac apprécie aussi, dans ses moments d'apaisement, le café suave, raffiné, aux volutes odorantes, accompagné de petits massepains / d'Issoudun, bouchées d'amandes glacées au sucre, confectionnées par les sœurs Ursulines.

II le préparait lui-même à partir d'un mélange personnel, fait, dans une cafeière en argent «à la Chaptal», de Bourbon, de café de Martinique et d'un moka trouvé rue de l'Université (l'authentique moka de Harrar ?), «au goût relevé d'une pointe d'épices et d'un rien d'amertume». Balzac et le café, quelle histoire ! Car l'écrivain malmène son breuvage préféré. Ainsi, pour finir ce voyage en terre balzacienne, goûtons celui du Père Socquard, tenancier du Café de la Paix dans «Les Paysans» : «Quant au café, le père Socquard le faisait tout uniment bouillir dans un ustensile connu de tous les ménages sous le nom de «grand pot brun» ; il laissait tomber au fond la poudre mêlée de chicorée et il servait la décoction avec un sang-froid digne d'un garçon de café de Paris, dans une tasse de porcelaine qui, jetée par terre, ne se serait pas fêlée». Ainsi est le café chez Balzac : «partout, dans les coulisses de l'œuvre immense de ce romancier omniscient, omnipotent omnivore». On a fait, depuis, quelques progrès...


ART DE VIVRE

Légendes et histoires : les mystères du café demeurent...


Connu depuis des temps immémoriaux, le café continue à garder jalousement ses mystères. En témoignent les nombreuses légendes qui entourent sa découverte. Bien que diverses et variées, ces multiples histoires soulignent toutes les propriétés stimulantes, revigorantes ou excitantes du café.

La "potion noire" de Mahomet

On suppose que la "potion noire" offerte par l'Archange Gabriel à Mahomet, touché par la maladie du sommeil, pourrait être du café. Un jour, Mahomet s'éveilla malade. Allah lui envoya l'ange Gabriel, porteur d'une gourde pleine d'un breuvage noir. Mahomet en but et se sentit tout de suite mieux. Il finit la gourde et retrouva vite toute son énergie. Selon la légende, grâce à cette mixture, le prophète désarçonna quarante cavaliers et pût honorer quarante femmes...

Le ''saint de Moka"

Par ailleurs, la croyance populaire arabe la plus répandue raconte qu'un grand maître de l'ordre mystique des Soufis, Ali ben Omar al-Shadili, surnommé le "saint de Moka", vécut en Ethiopie avant de fonder sa communauté près du petit port yéménite où s'élèverait bientôt la ville de Moka. Dans cette communauté, le café aurait aidé les membres à rester éveillés durant les prières nocturnes. Un beau jour, dit la légende, le saint homme offrit à un capitaine indien de passage, atteint de langueur, un bon café. Dès lors, la réputation du breuvage se serait étendue en Orient. Aujourd'hui, dans ce petit port yéménite, qui fut, de 1650 à 1750, le premier port mondial pour le commerce du café, une source, une porte ainsi qu'une mosquée élevée sur le tombeau d'Ali ben Omar perpétuent encore la mémoire du "saint de Moka". Elles portent ainsi le nom du patron des cultivateurs et des consommateurs de café.

Les chèvres du berger Kaldi

La plus connue des légendes reste cependant celle du berger yéménite Kaldi, et de son troupeau de chèvres. Relatée dans l'un des contes des "Mille et Une Nuits", la légende situe l'invention du café dans les montagnes du Yémen. Le berger Kaldi, qui faisait paître ses animaux dans les montagnes, se lamentait car ses bêtes gambadaient joyeusement nuit et jour et l'empêchaient de dormir. Il raconta son aventure aux moines du monastère voisin qui décidèrent d'observer les animaux. Ils constatèrent que les chèvres se régalaient de petits fruits rouges d'un arbuste abondant dans la région. Ils décidèrent alors de faire bouillir ce fruit et de le goûter. L'histoire dit que cette décoction leur rendit l'esprit clair et leur permit de rester éveillés pendant leurs veillées de prières ; ils prirent alors l'habitude de consommer ce breuvage pour gagner en attention et recueillement... La boisson se vit alors attribuer le nom de "khawa" qui signifie "ce qui ravit et incite à l'envol". La légende de Kaldi est l'une des dizaines contant la naissance du café. Sa véracité paraît improbable puisque l'on s'accorde à dire que l'Ethiopie serait le berceau de la première espèce de caféier cultivé. Cependant, il est vrai que le café ne connut un véritable essor que sur l'autre rive de la mer Rouge, au Yémen, où il fut, semble-t-il cultivé et consommé à partir du XVe siècle... Venu d'Ethiopie, Ali ben Omar, le "saint de Moka" pourrait alors bien être le personnage qui introduisit l'usage du café au Yémen et fit de cette boisson ce qu'elle est devenue aujourd'hui... 

 
Stéphanie Cohen


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